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La déportation pour motif d'homosexualité

 Grille d'entrée de DACHAU

 

  La "vie" à Dachau pour les triangles roses

A Dachau, les détenus homosexuels furent la cible des mauvais traitements, cruautés et sarcasmes des SS. Ils constituaient un groupe isolé, marginalisé aussi par leurs codétenus. Nombre d'entre eux furent castrés. Selon un tableau synoptique incomplet établi par Albert Knoll, archiviste au Mémorial de Dachau (Albert Knoll se fonde sur les listes nominatives établies sur la base des fichiers de détenus d'origine et sur le recensement des anciens détenus allemands qui ont déposé une demande d'indemnisation après la guerre), 583 homosexuels passèrent par le camp et cent d'entre eux y périrent.

En réalité, leur nombre fut plus élevé, et ceci non pas seulement à cause des documents qui sont incomplets, mais aussi parce que certains de ceux qui furent déportés à Dachau pour homosexualité furent incorporés dans d'autres catégories de détenus. C'est ainsi par exemple qu'un certain nombre des détenus qui avaient été poursuivis auparavant pénalement furent qualifiés "d'auteurs de délits contraires aux bonnes mœurs" mais furent cependant rangés dans la catégorie des détenus criminels (droits communs, triangles verts). Le 24 avril 1945, juste avant la libération, on dénombrait ce jour-là à Dachau cent neuf détenus homosexuels
(Dénombrement des détenus par catégories le 25 avril 1945. Copie in catalogue, op.cit., p. 214).

 

DACHAU "Le supplice du poteau" : torture de détenus par les SS. Dessin fait en 1945 par Georg Tauber

 

Comme dans tous les camps de concentration, une forme particulière d'homosexualité a également prospéré à Dachau. Il est absolument nécessaire de bien distinguer entre la présence, dans les camps, de détenus porteurs du triangle rose (internés pour homosexualité) et les pratiques homosexuelles qui se manifestèrent dans les camps...

Pour la masse des détenus, surtout ceux soumis à des tâches exténuantes et sous-alimentés au-delà de l'imaginable, la libido était loin d'être une préoccupation première. Il n'en allait pas de même pour les détenus prééminents affectés à des activités d'encadrement. Bien nourris, du moins quantitativement, affectés à des tâches qui n'impliquaient pas une considérable dépense d'énergie, ils avaient d'autres préoccupations, notamment sexuelles, que les détenus du rang !

Pour un nombre tangible d'entre eux, les pulsions sexuelles s'accommodèrent des conditions existantes. De nombreux doyens de Blocks, doyens de chambrées et Kapos entretenaient comme "camarades de jeux" de jeunes détenus, pour la plupart de jeunes Polonais ou plus tard des Russes et ne s'en cachaient pas. Les plus hypocrites faisaient passer leur comportement pour de l'affection paternelle. Cette forme d'homosexualité fut une manifestation temporaire, conditionnée par le contexte  absurde du camp.

 

On ne connaît aucun cas où cette orientation homosexuelle chez ces personnes se serait également poursuivie après leur retour des camps de concentration. Mais les conséquences à long terme pour leurs victimes qui furent exposées à l'homosexualité dans leur adolescence furent bien plus graves. Le docteur Frantisek Blaha qui s'est penché sur de tels cas par intérêt professionnel écrit que les jeunes gens concernés développèrent des attitudes féminines marquées dans leur mimique, leur comportement, leur langage et leur façon de penser. Sur le plan physique, ils développèrent certaines modifications pathologiques telles qu'un développement de la poitrine, une atrophie des testicules et un manque de résistance face à des processus inflammatoires (Frantisek Blaha, Médicina, op.cit., p. 185).

Et les triangles roses, à leur arrivée au camp, furent soumis par les SS à des brimades atroces auxquelles peu survécurent.

Il semble donc absolument nécessaire de distinguer entre l'internement et le comportement des homosexuels d'une part et les pratiques homosexuelles dans les camps.

Source :
C'Était Ça Dachau 1933-1945 de Stanislav  Zámecník (Fondation Internationale De Dachau 2003)

Les "Oublié(e)s" de la Mémoire © dernière mise à jour :  01 décembre 2007