retour page principale

La déportation pour motif d'homosexualité

Carte des camps de concentration et d'extermination
(Le Livre de la Déportation)

  La "vie" dans les camps

Tableau des différentes catégories de déportés

 

 

 

Les prisonniers des camps étaient divisés en de nombreuses catégories. Les nazis les identifiaient en leur imposant le port d'un triangle de couleur différente selon le " crime " qui leur était reproché. Les Juifs portaient une étoile jaune ainsi qu'un triangle rouge, signe de leur action politique. Les " asociaux " et les opposants allemands, qui étaient parmi les plus nombreux, portaient le triangle noir (ndrl : les Lesbiennes étaient classées dans cette catégorie). Les homosexuels portaient des triangles roses. Les Témoins de Jéhovah, les vagabonds, les émigrés, les Tsiganes, les " profanateurs " et " profanatrices de la race ", les suspects qui avaient pris la fuite, les prisonniers spéciaux, les récidivistes, les membres des forces armées : chacun avait son insigne de la honte. La stigmatisation faisait l'objet d'une catégorisation obsessionnelle.

 

 

Photo tenue de déporté au Camp de Sachsenhausen (extrait "Devoir de Mémoire" PinkTV)

 

Le sort des homosexuels dans les camps de concentration est mal connu. En effet, aucune enquête officielle ou officieuse n'a été faite, aucun travail d'historien ne leur a été consacré. Pourtant, leur présence est signalée dans la plupart des camps.

Leur signe distinctif est donc un triangle rose, la plus basse et la plus dégradante des catégories, distinguait les homosexuels. Le triangle était parfois 2 à 3 cm plus grand que les autres.

Maltraités, méprisés par leurs tortionnaires, ils étaient aussi souvent par les autres détenus. Ils n'arrivèrent pas à être intégré dans un réseau de solidarité. Leurs conditions de vie étaient pires encore que celles de leurs compagnons de misère.

Ils sont victimes de mauvais traitements et d'insultes de la part des nazis, des kapos et souvent de certains déportés. Cette hostilité générale est due au fait qu'ils sont considérés comme coupables d'un vice contre nature.

Photos de déportés triangle rose à Auschwitz et au KZ Mauthausen

 

Aucune étude historique n'avait vu le jour avant le livre de Jean Boisson (1988) [Le triangle rose - La déportation des homosexuels (1933-1945), Paris, Robert Laffont - n'est plus édité], qui apportera de précieuses indications et des extraits de témoignages.

Dans les camps, les homosexuels subissent le même sort que les autres déportés : privation de nourriture, sévices, travail exténuant, expériences médicales, etc. Mais leurs conditions de vie sont le plus souvent pires que celles de leurs compagnons de misère, car ils sont maltraités et méprisés par les nazis, les kapos et la plupart des autres détenus. François Bédarida écrit : "[...] Dans les camps de concentration, les Tziganes se trouvaient, avec les homosexuels, au bas de la hiérarchie carcérale. Ils étaient soumis aux travaux les plus dégradants et les plus pénibles.[...]" (extrait de La Politique nazie d'extermination, Institut d'histoire du temps présent, Paris, Albin Michel, p. 274)

La barbarie nazie vis-à-vis des homosexuels ne connaîtra pas de borne. Pierre SEEL rapporte comment ils ont fait mettre nu son ami "Jo", homosexuel du "camp de sûreté" de Schirmeck, proche du Struthof. Après lui avoir enfoncé la tête dans un seau en fer-blanc, ils lâchèrent sur lui les féroces bergers allemands du camp qui le dévorèrent devant les autres déportés rassemblés pour le spectacle. (voir extrait de son livre ici)

 

 

Sélection - dessin H.GAYOT, déporté NN Struthof mle 11784 Coll. Mémorial de Caen

"rassemblement" photo 367 USHMM

TEMOIGNAGES
 

"Après la guerre j'eus l'occasion de lire un témoignage d'un ancien doyen de camp politique ; il expliquait ce qui avait motivé l'envoi en masse des déportés homosexuels dans les camps d'extermination. Ce qui importait, disait-il à l'époque, était de se séparer des prisonniers de moindre valeur et de peu de force physique. Une tendance compréhensible disait-il. Ce qui montre qu'effectivement nous étions considérés comme la caste la plus basse parmi ceux du camp et que même nos compagnons, embarqués sur la même galère que nous, se permettaient de nous envoyer à la mort." Heinz Heger

"Pour commencer, ce dernier m'administra deux gifles sur les oreilles, d'une violence telle que je m'écroulai par terre. Je me relevai et restai debout, tremblant de peur. Il m'envoya de toutes ses forces son genou dans les testicules et je me roulai par terre tellement cela me faisait souffrir. Aussitôt, les détenus qui aidaient à l'appel me crièrent de me relever pour l'empêcher de me piétiner. Le visage hagard, je me relevai devant le chef de bloc qui me dit : "c'était pour faire connaissance. Ainsi, espèce de merde, tu sauras qui est ton chef de bloc." Heinz Heger

"Un jeune alsacien du Haut-Rhin fut disputé par deux Kapos : de l'un, il recevait une gamelle de soupe, de l'autre, un cigare chaque dimanche. Victime de la jalousie réciproque des deux kapos, il fut envoyé à l'infirmerie un soir pour désinfection. Le lendemain, on le trouva mort ; il avait reçu une piqûre d'essence dans les veines. Il n'avait que 19 ans." Aimé Spitz, déporté politique.

 

Sources :
Livre noir de l'humanité - Encyclopédie mondiale des génocides de Israël W. Charny (Editions Privat 2001)
C'Était Ça Dachau 1933-1945 de Stanislav  Zámecník (Fondation Internationale De Dachau 2003)
Le Livre de la déportation de Marcel RUBY, Robert Laffont 1995
Moi, Pierre SEEL, déporté homosexuel, de Pierre SEEL (Calmann-Lévy, 1994)
Les hommes au triangle rose, Journal d'un déporté homosexuel 1939-1945 de Heinz HEGER - (réédition H&O 2006)

Les "Oublié(e)s" de la Mémoire © dernière mise à jour :  01 décembre 2007