Retour page d'accueil

 

 

 

Répression de l’homosexualité en France 

durant l’Occupation

 

 

 

Les archives révèlent des dizaines de nouveaux cas, principalement en Alsace !

Au début de l’année 2013, on estimait prudemment à quelque 180 le nombre de Français déportés (en camps de concentration ou lieux de détention assimilés) pour motif d’homosexualité, ou plus exactement en raison d’une accusation de pratiques homosexuelles. Depuis, grâce à la poursuite des travaux d’Arnaud Boulligny (FMD) et de Jean-Luc Schwab, notre Référent Recherches & Mémoire, ce chiffre passe désormais à près de 350 individus !

 

Les personnes ainsi mises en cause l’étaient soit en France occupée ou annexée, soit en Allemagne dans le cas des travailleurs volontaires et requis du STO.

Ce sont notamment les découvertes dans les archives judiciaires et policières des deux départements alsaciens qui sont à l’origine de cette forte augmentation. On a ainsi dénombré quelque 150 condamnés à des peines de prison plus ou moins longues et sévères et / ou détenus aux camps de sûreté de Schirmeck-Vorbruck (deux d’entre eux y décéderont) et Gaggenau-Rotenfels.

S’y ajoutent plus spécifiquement pour l’Alsace environ 150 autres victimes d’une répression pouvant prendre la forme d’un simple fichage, d’une détention policière arbitraire de moins de 3 mois ou encore d’une expulsion à destination des territoires non-annexés. La situation de la Moselle diffère semble-t-il fortement mais ce département devra encore faire l’objet d’un examen plus poussé de ses archives.

À l’échelle du territoire national, ces résultats se traduisent désormais par un chiffre global de l’ordre de 500 Français ayant connu une forme de répression ou une autre, dont 15 détenus concentrationnaires originaires d’Alsace et Moselle annexées et une quinzaine d’autres à partir du reste du territoire français*.

Les chiffres énoncés ici reposent d’abord et avant tout sur des données d’archives officielles et constituent une avancée majeure des connaissances. Notre exposition itinérante sera donc mise à jour en conséquence.

Ces recherches (ainsi que celles concernant les plus de 300 déportés au camp de Natzweiler-Struthof) feront l’objet de diverses publications en 2014. Nous aurons l’occasion d’y revenir abondamment l’an prochain, après validation des résultats par la FMD.

 

On notera que la répression s’applique également à des étrangers résidant régulièrement en France avant la guerre. Parmi les nationalités touchées, on remarque ainsi quelques natifs des colonies, des ressortissants italiens, luxembourgeois, polonais, suisses, tchécoslovaques et même un Chilien. On dénombre aussi quelques Allemands établis, ou de passage, dans les territoires sous contrôle nazi.

Photographies carcérales de Jean O., le plus jeune Alsacien déporté au camp de Natzweiler suite à une accusation d’homosexualité qui l’aura d’abord conduit à l’hôpital psychiatrique de Hoerdt. Arrivé au Struthof le jour de ses 21 ans, il y décèdera trois mois plus tard, en juin 1944. 

 

 

Une double-page d’un registre de la détention policière à Mulhouse qui montre sept individus (dont l’identité a été occultée ici) incarcérés entre les 12 et 14 octobre 1940 avec l’homosexualité pour motif. Six d’entre eux seront conduits au camp de Schirmeck-Vorbruck le 25 du même mois.
Source : Archives départementales du Haut-Rhin.


Les "Oublié-e-s" de la Mémoire © - publié le : 26 décembre 2013