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La déportation pour motif d'homosexualité

Photo Film Paragraph 175

  La genèse d'une persécution

Dans les années 1930, on assista en Allemagne à une persécution des homosexuels par les nazis qui fut, à l'instar de celle contre les Juifs, la plus terrible qu'ils eussent jamais connue.

L'homosexualité était passible de prison en Allemagne déjà avant la prise du pouvoir par les nazis. Néanmoins, des établissements homosexuels appelés Schwulenlokake ainsi que diverses organisations et revues qui prônaient la tolérance à l'égard de l'homosexualité étaient tolérés. Tout cela fut interdit dès les premiers mois de 1933 Berlin, qui était considéré comme la capitale de la liberté homosexuelle, devient le théâtre d'une active répression : les boîtes de nuit, les lieux de rencontre, les cafés et les bars homosexuels sont fermés. Le nombre des homosexuels poursuivis par la justice augmenta rapidement. [Selon Albert Knoll, 50000 à 63000 personnes furent condamnées pour homosexualité dans les années 1933-1934. Voir Albert Knoll, Totgeschlagen - totgeschwiegen, Die homosexuellen Haftlinge im KZ Dachau, in DH 14 Dachauer Hefte (Cahiers de Dachau), p.78].

 

 

"1933, fermeture du monde homosexuel berlinois" Photo 030 USHMM

 

 

En 1935, le paragraphe 175 du code pénal allemand : "Un acte sexuel contre nature entre des personnes de sexe masculin ou entre des êtres humains et des animaux est punissable d'emprisonnement ; la perte des droits civils peut aussi être imposée" fut amendé et la peine pour homosexualité fut majorée de façon radicale.

L'élimination des homosexuels commença avant celles des Juifs, avec l'assassinat d'Ernst Röhm et des autres membres de son groupe paramilitaire, les SA Sturmabteilung (Division d'assaut). Cette élimination avait en fait pour but de supprimer une organisation potentiellement rivale des SS. Röhm était l'un des principaux dirigeants nazis, dont l'ascension dans les années 1920 et au début des années 1930 ne fut surpassée que par celle de Hitler lui-même. Röhm et ses "chemises brunes" étaient des homosexuels, ce qui ne posait pas de problème au début, bien que cela fût ensuite perçu par les autres nazis comme gênant, voire menaçant. Röhm et les autres dirigeants des SA furent assassinés par surprise lors d'une purge sanglante conduite par Himmler et d'autres officiers SS, sur les ordres de Hitler, qui commença la nuit du 30 juin 1934, appelée "Nuit des longs couteaux".

 

"fermeture de l'Eldorado, nightclub homo" photo 74554 USHMM

 

Les purges nazies contre les homosexuels dans leurs propres rangs ne furent qu'un début. Le 23 juin 1935, premier anniversaire de la mort de Röhm et de ses compagnons, les nazis lançaient une campagne juridique contre les homosexuels, ajoutant à l'article 175 l'article 175a, qui créait dix délits, dont les baisers entre hommes, les enlacements et même les fantasmes homosexuels. Sous la direction homophobe d'Heinrich Himmler, la Gestapo et les SS soumirent les homosexuels détenus dans les camps à des campagnes de travaux forcés débouchant sur la mort.

Himmler déclara notamment : "De même que nous sommes revenus à la perception allemande ancienne sur la question des mariages entre les races différentes, nous devons, pour juger l'homosexualité, ce symptôme de dégénérescence qui menace de détruire notre race, en revenir au principe nordique directeur : l'extermination." Le directeur des affaires juridiques du Reich, Hans Franck, commentait ainsi le nouveau Code Pénal : "Il faut prêter une attention toute particulière à l'homosexualité, qui révèle clairement une disposition contraire à la communauté nationale normale… Les comportements homosexuels, en particulier, ne méritent aucune pitié."

 

 

Il contient le discours d'Himmler sur l'homosexualité prononcé le 18 février 1937, qui expose l'opinion des nazis : "[...] Si j'admets qu'il y a 1 à 2 millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8% ou 10% des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. A long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel... Un peuple de race noble qui a très peu d'enfants possède un billet pour l'au-delà : il n'aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et dans deux cent ou cinq cents ans, il sera mort... L'homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement ; elle détruit l'Etat dans ses fondements. A cela s'ajoute le fait que l'homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs... Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l'Allemagne, la fin du monde germanique. [...]"

De son côté, Goebbels, dans un discours du 26 janvier 1938 (p.53, Le Triangle Rose, Jean Boisson), déclare : "Ceux qui pratiquent l'homosexualité privent l'Allemagne des enfants qu'ils lui devaient." Le 16 novembre 1940, dans un nouveau discours, Himmler affirme : "Il faut abattre cette peste par la mort."

 

Les nazis tentèrent d'anéantir l'homosexualité comme une nuisible "épidémie de la dégénérescence". Himmler affirma et argumenta à maintes reprises que ce "comportement déviant" soustrayait environ un demi-million d'hommes allemands du processus de la reproduction. Ce furent également ces arguments qu'il utilisa dan son discours devant les chefs des régions (Gauleiter) le 29 février 1940 pour défendre son "ordre de procréer". Le 28 octobre 1939, Himmler avait en effet enjoint expressément aux hommes de la SS de mettre enceintes les femmes allemandes afin de préserver leur bon sang avant leur départ au front et déclara que la SS s'occuperait des enfants légitimes et illégitimes (ce document est cité in  SUA, Nor 4, Protokoll G, P. 2632). Cet ordre se heurta notamment au refus des membres de la Wehrmacht engagés sur le front qui ne montrèrent aucune compréhension pour cette forme d'activité "patriotique" que la SS développait à l'arrière du front. Dans son discours, Himmler affirma qu'il ne suffisait pas de lutter contre l'homosexualité en recourant aux seules méthodes policières mais qu'il était nécessaire également d'équilibrer de façon positive le déficit de la natalité.

Les nazis ont exterminé les juifs parce que, selon eux "ils nuisaient à la pureté de la race" et les homosexuels parce qu'"ils nuisaient à la reproduction".

 

Himmler et Rohm

Les homosexuels furent envoyés à une plus large échelle dans les camps de concentration à partir de 1934, notamment en relation avec l'introduction de ce qui fut appelée la "détention préventive policière contre les criminels professionnels" En vertu du décret du RSHA [Reichssicherheitshauptamt  (office central de sûreté du Reich)] du 12 juillet 1940, tous ceux qui avaient entretenu des relations homosexuelles avec plus d'un partenaire devaient être mis en détention préventive après avoir été relâchés des prisons de la police judiciaire. (DA-16 005 Archives du Mémorial du camp de concentration de Dachau). Le décret du service criminel du Reich en date du 23 septembre de la même année excluait de cette ordonnance les homosexuels castrés dont, selon des expertises médicales, les pulsions sexuelles étaient supprimées. (DA-16 007)

 

Sources :
C'Était Ça Dachau 1933-1945 de Stanislav  Zámecník (Fondation Internationale De Dachau 2003)
Livre noir de l'humanité - Encyclopédie mondiale des génocides de Israël W. Charny (Editions Privat 2001)
Le Livre de la Déportation de Marcel RUBY, Robert Laffont 1995

Les "Oublié(e)s" de la Mémoire © dernière mise à jour :  01 décembre 2007