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"Oublié(e)s" de la Mémoire © 16 avril 2008
Webmaster : Philippe
COUILLET
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à la une : Les «Oublié(e)s» de la Mémoire demandent l’effacement sur «ARDOISE» du champ statistique et discriminatoire.
Dans
sa réponse, le ministère de l’Intérieur, par la voie du directeur de
cabinet, M. Michel DELPUECH, nous
explique que « le dictionnaire
relatif à la personne … est identique à celui du STIC déjà validé par
la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) en 2001 ».
Les « Oublié(e)s » de la Mémoire s’étonnent de cette réponse
et ne peuvent pas accepter cette explication, puisque le LRP (Logiciel de Rédaction
de Procédure) ne prévoyait pas de liste fermée. De
plus, la CNIL a approuvé en son temps le logiciel STIC, mais en aucun cas le
logiciel « Ardoise ». Notre inquiétude est d’autant plus forte,
que par le passé, la CNIL a régulièrement dénoncé l’usage qui pouvait
être fait du STIC (alimenté par « Ardoise ») notamment dans le
cadre des enquêtes administratives. En avril 2006, dans son rapport, elle
confirmait encore que ce logiciel comportait, je cite « des
signalements parfois injustifiés, erronés ou périmés ». Enfin,
les délais pour demander la suppression pure et simple d’une fiche étant
considérable, le fait d’être homosexuel, alcoolique ou membre d’une
secte, par exemple, peut rester pendant des années dans une base qui sert
encore trop souvent pour « vérifier
la moralité d’une personne dans le cas d’une embauche dans un secteur
sensible (aéroport, métiers de surveillance, etc …) ». Dans
sa réponse, le directeur de cabinet ajoute : « Ces
informations peuvent être enregistrées … si elles résultent de la nature
des circonstances de l’infraction dès lors que ces éléments sont nécessaires
à la recherche et à l’identification des auteurs … ». Là
encore, cette explication aurait pu nous convenir si toutes les
circonstances possibles avaient été prévues, ou si comme par le passé (LRP
- Logiciel de Rédaction de Procédure), elles avaient été laissées libres
d’appréciation aux fonctionnaires de police, exerçant en police
judiciaire. Il n’en est rien. Il n’a pas été porté à la connaissance
de la CNIL ce nouveau développement. Elle n’a donc pu faire ses
observations sur le sujet. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire
demandent également les raisons pour lesquelles la gendarmerie n’a pas jugé
utile d’intégrer « ces circonstances » dans leur base JUDEX.
Les gendarmes seraient-ils moins sérieux que la police nationale pour
identifier les auteurs ? Ou seraient-ils plus sensibles aux libertés
individuelles ? Notre
association est préoccupée par la fusion prochaine des bases JUDEX
(gendarmerie) et ARDOISE (police nationale) dans le projet ARIANE. En effet,
cette liste discriminatoire va-t-elle figurer
également dans les services de gendarmerie ? Notre association
s’y oppose fermement et invite le ministère de l’Intérieur à retirer
ces éléments discriminatoires de la base Thésaurus. Dans
le communiqué du ministère, et en réponse aux inquiétudes des associations
LGBT (lesbiennes, gaies, bi et trans), il est indiqué que le logiciel n’est
pour le moment « qu’en phase de test ». Etonnant quand on sait que
l’ensemble des fonctionnaires de police du pays ont fait l’objet d’une
formation spécifique sur ce logiciel et ce, depuis le mois de janvier 2008.
L’application est depuis quelques jours en phase d’utilisation dans
certains commissariats… Nul
doute que si le ministère avait mis ce logiciel simplement en phase de
« test », il n’aurait pas engagé autant de moyens financiers et
humains pour former tous ses fonctionnaires. Le
communiqué ajoute : « ces données permettent ainsi de caractériser l'infraction et les éventuelles
circonstances aggravantes prévues par le code pénal, dans l'intérêt même
des victimes (abus de faiblesse, homophobie, racisme, antisémitisme….) ».
Là encore la réponse est inexacte puisque toutes les circonstances
aggravantes ne figurent pas dans la base. De plus, un onglet spécifique à
l’infraction prévoit l’ensemble des circonstances aggravantes, dont
l’homophobie. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire
sont offusqués d’entendre M. Gérard GACHET, Porte-parole du ministère
de l’Intérieur, expliquer : « mais
il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'associations homosexuelles a
poussé pour que les agressions homophobes soient plus durement sanctionnées.
Comment voulez-vous faire apparaître leur caractère homophobe dans ce cas ?
Je comprends l'émotion «de ces gens», mais elle est mal placée. »
(ndlr : «de ces gens» terme méprisant) Il
est vrai qu’un grand nombre d’associations a été demandeur, et la nôtre
n’est pas en reste. Ce logiciel y répond précisément avec l’ensemble
des circonstances aggravantes mis à disposition des policiers. Or en fait, le
champ «état de la personne » ne traite pas de circonstances
aggravantes, mais des caractéristiques sexuelles, philosophiques ou de santé,
supposées ou réelles, des plaignants ou des mis en cause. Visiblement, ce
porte-parole ne comprend rien à l’émotion des associations LGBT et des
syndicats de police. Il y a une différence entre « identifier »,
et « quantifier » les affaires d’homophobie visant ou non un
homosexuel, et « viser » entre autres les homosexuels dans des
affaires qui ne s’y rapportent pas. Certes, une mention précise que ce
champ doit être saisi uniquement dans les cas «utiles à l’enquête» mais
rien n’empêchera un policier de le compléter comme bon lui semble… En
aucun cas Les « Oublié(e)s » de la Mémoire ne remettent
en cause l’existence de ce logiciel ; et ils sont convaincus de son intérêt
pour la police nationale, mais ils ne peuvent accepter que puisse figurer un
champ (mineur en fugue, handicapé, personne atteinte de troubles
psychologiques, sans domicile fixe, personne se livrant à la prostitution, en
relation habituelle avec prostituée/prostitué, travesti, homosexuel,
transsexuel, personnalité, alcoolique, malade, en garde à vue, hospitalisé,
membre d'une secte, membre d'une association, décédé, usager des transports
en commun, usager de stupéfiants, juré, témoin, auto-stoppeur, permanent
syndical ; cette liste n’est pas exhaustive, car nous n’avons pu
atteindre tous les «champs») laissant penser que l’administration de
la police juge normal de stigmatiser telle ou telle personne pour les raisons
citées plus haut. Nul
besoin de sensibiliser les fonctionnaires de police sur l’homophobie dans
les écoles de police ou en formation continue, si l’administration envoie
ensuite un message contradictoire à ses effectifs. Le champ de ce logiciel
est grave, car il émane de l’institution « police ». Le
ministère nous explique qu’il n’a pas pour finalité la construction
d’une base de données des homosexuels de France. Une finalité annoncée en
2008 peut à tout moment changer dans les années suivantes en fonction des aléas
politiques ; des directives ministérielles ou départementales peuvent
inviter les fonctionnaires de police à saisir systématiquement
l’orientation sexuelle, l’alcoolisme ou le fait d’être membre d’un
syndicat. Enfin
Les « Oublié(e)s » de la Mémoire s’interrogent sur le
peu d’empressement de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les
Discriminations et pour l’Egalité) à se saisir de ce dossier. En effet,
dans une réponse à notre courrier du 12 février 2008, M. Louis SCHWEITZER,
Président de la HALDE, nous expliquait : « ces
données...seraient susceptibles de constituer des discriminations dans le
fonctionnement de service public de la Police entrant dans le champ de compétence
de la haute autorité, si elle devait servir de fondement à des décisions
administratives défavorables aux intéressés. » Il ajoute avoir
saisi la CNIL pour être tenu informé des suites de ce dossier. En
clair, la HALDE souhaite se saisir du dossier uniquement si cela entraîne une
discrimination. Elle ne travaille qu’avec les « victimes » et ne
souhaite visiblement pas travailler dans la prévention. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire s’inquiètent
de la posture de la haute autorité ayant comme objet la lutte contre toutes
les discriminations. Ce logiciel tend à rendre suspecte d’emblée de jeu
une partie de la population. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire sont
satisfaits de la demande quasi unanime des syndicats de police de la
suppression de ce champ. Enfin,
Les « Oublié(e)s » de la Mémoire, seront attentifs à la
décision de la CNIL. A
l’heure de l’Europe, il est judicieux de s’inspirer de modèles
susceptibles d’améliorer l’égalité, le confort et le bien-être des
citoyen-ne-s, mais nous nous interrogeons sur la pertinence d’entrer dans la
vie privée des personnes et de les ficher. Cette méthode nous rappelle
d’autres temps où l’on se servait de ces fichiers pour la répression (et
l’extermination) des personnes indésirables pour le régime. Aujourd’hui
nous assistons à une dérive et à une remise en question des libertés
individuelles du Citoyen, qui font partie des fondamentaux de notre
Constitution. Nous en appelons à la nouvelle commission chargée de modifier
le préambule de la Constitution, présidée par Mme Simone VEIL, ainsi
qu’aux parlementaires, à leur vigilance et à faire connaître leur
sentiment sur ce dossier. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire
exigent la modification de ce logiciel «Ardoise», et que soit retiré le
champ "état de la personne" portant atteinte aux libertés
fondamentales du Citoyen. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire
demandent instamment une audience auprès de Mme Michèle ALLIOT-MARIE,
ministre de l'Intérieur. Les
« Oublié(e)s » de la Mémoire resteront
vigilants sur l’évolution de ce dossier, et soutiendront toutes les
initiatives nécessaires à ce combat. Le Conseil d’Administration,
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